RPG-UFDG : retour sur une décennie de baroud et d’entente incestueuse (Par Abdourahmane Sénateur)

La politique, c’est de loin le sujet le plus préoccupant, le plus appétissant mais aussi le plus vil de la Guinée. C’est le centre de gravité de toutes les discussions et à tous les niveaux de la société. La volubilité passionnante avec laquelle les Guinéens discutent de politique relève d’un attachement qui frise les abords de l’obsession. Mais pour qu’un débat soit si prisé, il faut bien des intérêts très particuliers. Dans l’arène politique guinéenne, c’est l’aspect extraordinaire et excessif des dérives qui attise les débats. Et deux principaux acteurs y font beaucoup parler d’eux : l’ancien parti au pouvoir (le Rassemblement du peuple de Guinée) et la principale force politique d’opposition (l’Union des forces démocratiques de Guinée). Entre ces deux camps, les dix dernières années ont été particulièrement intenses. Antagonisme sauvage – pour l’essentiel des rounds – d’un côté, et accords qui feignent l’entente, de l’autre, c’est une véritable décade de tartuferie qui vient de s’achever (et qui risque de se prolonger) entre ceux qui sont souvent désignés comme les deux partis « les plus polluants de l’atmosphère guinéenne ».

Avec un peu d’objectivité, les analyses doivent concorder sur une évidence : il n’y a pas d’autel plus sanglant pour la cohésion sociale comme le système politique guinéen. Il n’est absolument pas d’énergies plus nocives que la politique guinéenne dans le mécanisme d’ensevelissement de l’unité nationale. Je l’ai certes dit des centaines de fois, mais je le réitère : l’organisation et la disposition des formations politiques de mon pays présagent un imminent danger social. Pour une énième fois, j’appelle d’urgence à une réforme.

Le RPG d’Alpha Condé ou le parti de la ruse

Ce n’est pas un secret, il faut le lui reconnaître : c’est le parti à la plus grande « intelligence du politiquement correct ». Avec son leader-fondateur, le parti se sert de son expérience d’échec et de contre échec sous le régime militaire du Koudaïsme (système du Général Lansana Conté) pour emmener en bateau tous ses conquérants partenaires actuels. Même face au général, il a fallu une condamnation et un usage disproportionné de la force du système d’alors pour émousser le géant Parti Jaune. Il a fallu le rudoyer, l’essorer et même l’anéantir, quitte à renier les principes basiques de l’Etat de droit. Oui, ce n’est rien de le dire !

D’un autre côté, il ne faut même pas s’attarder sur sa gestion chaotique du pays, lorsqu’il en a eu l’occasion (Dieu et ses anges comme adjuvants) en 2010, après cette rude éternité d’opposition qu’on rappelait tantôt. La Guinée n’a pas jamais commis de bévue pour mériter une gouvernance aussi étriquée que celle proposée par Alpha Condé. L’espoir de rupture mis en Alpha Condé, cet « intellectuel de haut niveau aux mains propres », s’est effondré, même si, durant tout l’exécrable gestion, ses partisans se sont résolus à peindre la médiocrité étatique en expertise. Pour me répéter, la gouvernance Condé fut une catastrophe.

Alors, le RPG utilise-t-il sa résilience d’hier pour duper ses challengers d’aujourd’hui ? L’opinion publique guinéenne estime que ç’a tout l’air.

L’UFDG, le gobe-mouche de la politique guinéenne

Sur la planète politique, le paradoxe le plus insensé se trouve en Guinée. C’est indéniable l’Union des forces démocratiques de Guinée, le parti de Cellou Dalein Diallo. Ses « militants » aiment entendre des éloges comme ceux de ma liste suivante : vice-président de l’Internationale Libérale, homme politique le plus populaire de l’histoire du pays, médaillé d’or (et de bronze, et d’argent, et de fer…) de la paix, la principale force politique, le plus beau des Guinéens, le plus béni, le plus…, le plus…, le plus… Ils aiment ça. Non, ils aiment se contenter de ça. Ils en sont tellement fiers, de tous ces trophées d’échec et d’insuffisance ! Mais ce qu’ils oublient souvent de mentionner dans leurs rengaines épiques, ce sont les records historiques de ratées de leur parti : jamais un premier à une présidentielle avec 44% (sans son fief urbain) ne s’est fait rejoindre et laminer par un conquérant de 18%; jamais l’Afrique et le monde n’ont connu d’homme politique capable d’accepter quatre mois en deux tours d’une présidentielle alors qu’il est largement en avance; jamais un parti, dont les militants et sympathisants représentent près de la moitié de la population, n’a aussi duré dans l’opposition… Jamais !Le parti est à l’image du pays : il a tout mais il n’y arrive toujours pas !

Qu’est-ce qui est donc cet ingrédient politique qui manque à la sauce UFDG ? La réponse est claire : une culture politique forte dépourvue de tout populisme communautaire. Mais avant, il faudra déjà une intelligence pour rompre avec le statut de réceptacle absolu de tout adhérent et de toute alliance. Une chose semble claire pour tous les Guinéens, même si on ne l’avoue pas : en termes d’intention et de projet, Cellou Dalein Diallo, malgré tout, en dépit des ratés, ferait un excellent président !

Pourquoi toujours le pacte commissoire ?

Commençons par un fait : de tous les accords signés par l’UFDG (avec le pouvoir et le RPG), aucun n’a été respecté. Et Cellou Dalein a toujours continué à signer, parce que ses adversaires ont fini par comprendre qu’à chaque fois qu’il menace de secouer le pays (ils savent qu’il en a les capacités), alors ils l’appellent à un dialogue pour finir avec des papiers qui ne reposent sur aucune base légale. Et systématiquement, il est tombé dans le traquenard.

Mais au cours de la décennie, ce a qui marqué l’observateur que je suis, ce sont les reniements des principes démocratiques par ces deux formations politiques. Les alliances RPG-UFDG ont toujours marché sur les lois de la république pour faire passer des accords illégaux. Il suffit que le pouvoir d’alors montre à son principal opposant un trou politique dans lequel il pourrait potentiellement engranger quelques postes électifs. Cela suffirait, a d’ailleurs toujours suffi, pour attirer ingénieusement l’UFDG dans une pratique perfide de la politique. Et elle-même, après les deals, crie toujours à la trahison. Après, elle organise des manifestations de rue. Elle y envoie ses convois de militants que le pouvoir sadique de Conakry ne se gêne pas de tuer. Et puis quelques mois après l’horreur, la même UFDG oublie ses plaintes contre le pouvoir pour encore signer un autre pacte avec ce dernier. Et le cycle redémarre : le cimetière de Bambéto refoule du monde, des familles pleurent, des victimes s’oublient, des rapprochements se scellent avec les bourreaux… Voilà le cycle infernal dans lequel sont cloués le peuple de Guinée.

De fossoyeurs de la République

On ne refera pas le monde ici, mais on se contentera simplement de rappeler la sottise la plus grave infligée par ce duo polluant de la politique à la jeune démocratie guinéenne. En 2018, dans le sillage des élections locales, Alpha Condé avait réussi à cajoler son opposant-partenaire, Cellou Dalein DIallo, pour une énième opération de turpitude contre la démocratie. La mouvance et opposition s’accordèrent alors sur une sortie de crise. Les deux fossoyeurs s’accordent sur une étrange solution : tordre la main de la loi électorale ; la changer d’ailleurs. Ils conviennent ainsi que les Conseils de quartiers ne soient pas directement élus par leurs citoyens à la base, que les partis politiques (refusant aussi les candidatures indépendantes) se partagent proportionnellement les quartiers, selon les résultats des grandes circonscriptions. Les activistes avaient crié au hold-up mais l’UFDG avait bien aidé son partenaire satanique à étouffer toute plainte démocratique. Et pire, après les élections, les arrangements avaient primé sur les résultats. L’on se rappelle encore l’accord trouvé in extremis entre la délégation du pouvoir et Cellou, à son parti. Ce dernier avait alors accepté de « sacrifier » le virevoltant Abdoulaye Bah (qui devait être maire de Kindia) pour obtenir la circonscription de Dixinn, son ancienne commune domiciliaire.

Et l’histoire va se répéter

Même après Alpha Condé, Cellou Dalein risque de se faire rouler dans la farine par l’éternel maître, le RPG. D’abord, je suis impressionné par la résurrection politique de l’ancien parti au pouvoir. Etre déposé par un coup d’Etat et occuper le devant de la scène de la sorte, c’est plus qu’une copie propre.

Encore une fois, en ce mercredi 11 mai 2022, l’UFDG reprend le chemin du rapprochement avec un parti qu’elle accuse de tous les crimes. Un rapprochement pour un front unique face aux autorités de la transition qui, par ailleurs, l’ont sortie du pétrin dans lequel le RPG l’avait clouée. Mais quelle intelligence du RPG et quelle bassesse de l’UFDG ! Et les victimes de la gouvernance du RPG ? Est-ce parti pour une autre décennie de janusienne de baroud et d’entente incestueuse ? Nous autres, citoyens sans partis, prions Dieu pour qu’il détache les destinées de la nation au comportement antirépublicain de ce duo. Pour mon pays et ses martyrs, je dis « Amen » !

Abdourahmane Sénateur Diallo

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