Pour la quiétude à Macenta, rétablir la vérité historique et repenser l’organisation coutumière (Par Alexandre Naïny BERETE)

La ville de Macenta que nous aimons tous a été endeuillée ces derniers jours par des conflits entre les deux principales communautés de la localité (Tomas et Manias) autour de la paternité de cette belle cité cosmopolite. Étant un fils adoptif de cette belle cité, je ne saurais rester sans appeler au calme et faire des propositions pour juguler définitivement cette querelle fratricide.

Tout d’abord, je m’incline à la mémoire de ceux qui sont tombés et je souhaite un bon rétablissement aux blessés.

Pour régler ce conflit qui ne date pas d’aujourd’hui, il faut dire que cette question de paternité a toujours demeurée. Et en Guinée, on préfère reporter les problèmes au lieu de les régler. Maintenant l’heure est venue de trancher en rétablissant d’une part, la vérité autour de la création de la ville, et en pensant l’organisation d’un vestibule inclusif d’autre part, puisque les deux communautés sont condamner à vivre éternellement ensemble.

Rétabli l’histoire sur la paternité de la ville

Pour ma part, l’heure n’est pas à savoir qui est venu avant qui ou qui aurait accueilli qui dans la cité. L’heure est à l’apaisement des cœurs et à la résolution du conflit. C’est l’occasion pour moi de saluer la démarche du gouverneur de N’zérékoré, le Gl. Mohamed Gharé qui a tenu des propos forts à l’intention des deux communautés et sous l’auspice de qui les deux sages se sont engagés à faire la paix.

Cela dit, il est de la responsabilité de l’Etat de trancher définitivement cette question de paternité autour de la création de Macenta à travers un acte officiel sur la fondation de Macenta et qui s’imposera à tous les habitants de la ville.

Un Bureau unique des sages incluant les deux communautés

Cependant, même un acte officiel ne saurait être la seule démarche à faire pour régler définitivement le problème. Au-delà, les autorités notamment le président de l’assemblée nationale Honorable Damaro Camara qui connaît très bien l’histoire de la zone, les fils ressortissants dont les sieurs Louceny Camara et Oyé Guilavogui ont la lourde responsabilité historique de trouver un compromis entre les sages des deux communautés. Car il faut bien le dire, toutes les agitations actuelles à Macenta sont liées d’une manière ou d’une autre à ces deux personnalités. Les soutiens veulent que ce soit l’un ou l’autre qui ait plus d’influence dans la ville. Même si les deux personnalités veulent bien faire à Macenta, c’est leur nom qui est à l’origine des confrontations.

Je voudrais faire une proposition qui a toujours caractérisée le peuple Manding (Mania et Toma, tous les deux groupes faisant partis du Manding).

Dans les villes de la Haute Guinée également peuplées de Manding, la question de l’organisation sociale traditionnelle a été fondée sur l’âge et sur nuls autres déterminismes. Puisqu’il n’ya souvent pas d’uniformité autour des récits des uns et des autres. Pour penser la quiétude et le vivre-ensemble, il a été convenu que le plus âgé de la cité soit celui qui préside aux destinés du BOLON (Vestibule, autorité morale).

Ainsi, est choisi comme Sotikèmô (le patriarche) peut importe le nom de famille de la personne, le plus âgée. C’est toujours l’âge qui est le facteur déterminant.

Et pour une question de représentavité est choisi une personne par famille, les grandes familles de la ville, premières du nom, pour être membre du BOLON(vestibule).

Au-delà de cette représentativité familiale, pour n’écarter personne au sein du Bolon, un autre facteur encore fondé sur l’âge intervient : La classe d’âge ce qu’on peut appeler classe générationnelle. Ainsi, chaque classe d’âge doit donner un représentant qui doit composer le Bolon lors des délibérations sur les affaires sociales et culturelles de la cité.

Une telle organisation est inclusive et à l’avantage de ne favoriser ou de defavoriser personne, l’âge étant le seul critère qui entre en ligne de compte.

C’est ainsi, qu’aujourd’hui à Kouroussa, le Bolon est aujourd’hui exercé par un KEITA bien qu’il est dit que ce sont les Traoré qui sont arrivés en premier. À Kankan, c’est pareil, le Sotikèmô de Nabaya est le plus âgé parmi les familles Condé, Kaba, Chérif alors que ce sont les Condé qui ont été les premiers installés. D’ailleurs l’actuel Sotikèmô de Kankan est un Kaba de la famille du même nom.

Je pense qu’à Macenta, il doit y avoir le même mode de désignation du patriarche. Comme les Koïvogui et les Kourouma se réclamant chacuns être les premiers à s’installer dans la ville.

Il peut être créé un Vestibule qui regroupe un représentant des premières familles de la ville. Et il sera désigné Sotikèmô, le plus âgé parmi toutes les familles composant le Bolon.

Si les sieurs Oyé Guilavogui et Louceny Camara peuvent bien construire des maisons pour les sages, c’est noble et salutaire. À mon avis, dans le sillage de cette solution inclusive que je préconise, ils peuvent aider à la construction d’un vestibule dans un endroit désigné par les sages. Ce vestibule sera ainsi l’endroit où les sages se réuniront à l’occasion des cérémonies ou se rencontrer discuter des problèmes qui relèveront de leur autorité.

Le rôle assigné au Bolon est de résoudre les problèmes sociaux (conflit de voisinage, conflit entre époux qui n’a pu être résolu dans le cercle familial, etc..) ou pour discuter des activités coutumières. C’est vraiment honteux de savoir aujourd’hui, que l’on s’entretue pour des sages dont le rôle est de résoudre des conflits.

Alexandre Naïny BERETE, fils adoptif de Macenta.

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