De la promesse d’amour au viol collectif, un bien triste anniversaire du CNRD

Il était censé faire l’amour à la Guinée dans la douceur et avec son consentement, parce que la femme était très belle. Bien sûr, il fallait se faire accepter. Seulement voilà, la lune de miel s’est déroulée plus vite que prévue. Ce premier temps d’amour heureux a laissé place au viol, à la violence gratuite, aux invectives iniques, à la répression cynique, à l’arrogance crasse, mais aussi et surtout au populisme d’une autre époque.

Le 05 septembre 2021, un groupe d’hommes armés avec à sa tête le colonel Mamadi Doumbouya prenait le pouvoir en Guinée après un coup d’Etat militaire rappelons-le. S’en est suivi des tonnes de promesses qui sont désormais restées dans les discours. Souvenons-nous des fameuses phrases « la justice sera notre boussole », « notre mission sera de la réfondation de l’Etat et de la dépersonnalisation du pouvoir public », « plus aucun guinéen ne mourra pour rien », « le pouvoir incarné au peuple plutôt qu’ à un homme ».

Le gâteau d’anniversaire n’est pas aussi beau qu’on l’imaginait.

« La justice sera notre boussole », pourtant trois ministres de la justice en douze mois dont le tout dernier brille par son incompétence juridique et professionnelle. Mais, il fallait bien trouver un chien de garde pour servir le bras armé d’un pouvoir aussi lacunaire que son ministre garde des sceaux pour embastiller et exproprier des citoyens sans aucun jugement préalable.

Assurer une fonction aussi régalienne de la justice ne consiste pas à aller faire du shows sur les plateaux télés ou dans les rues de Conakry pour servir l’audimat des médiats. Qu’un ministre de la justice ne soit pas capable de citer des bases légales pour appuyer ses propos est révulsant pour les juristes et insultant pour le peuple guinéen. C’est hélas du niveau d’un étudiant de la première année de droit.

A la question d’un journaliste à Monsieur Charles WRITH, à savoir si un haut commandant de la gendarmerie nationale peut ou doit intervenir dans une procédure judiciaire ? Sa triste réponse était, « nonil n’a pas le droit », point barre en agitant les mains comme Charlie Chaplin dans son film temps moderne. Ou, lorsqu’un autre journaliste lui demandait « pourquoi il n’y a t-il pas de poursuite judiciaire contre des insulteurs publics » ? Il s’est simplement contenté d’affirmer que le Ministère public ne peut pas les poursuivre sans plainte préalable de la personne victime des insultes ce qui est vrai certes, mais tout bon juriste aurait donné la base légale en arguant qu’à la différence en matière pénale, le ministère public n’a pas l’initiative d’action en responsabilité civile, parce que le but de cette action est la réparation d’un ou des préjudices personnels et non une sanction pénale. Comme le prévoit par exemple l’article 30 du code de procédure civile français, « l’action est le droit, pour l’auteur d’une prétention, d’être entendu afin que le juge la dise bien ou mal fondée ». L’équivalent d’un tel article dans le droit guinéen aurait été suffisant pour appuyer ses dires.

L’Etat de droit promis par le CNRD se réduit à peau de chagrin, plonge encore une fois le guinéen dans le désespoir, la fermeture de la porte de l’avenir des jeunes. Les plus riches continuent à s’enrichir et les pauvres croupissent dans la pauvreté extrême. Les faiseurs de la morale politique manquent eux-mêmes de la bonne moralité. Les opposants politiques sont réprimés sur un simple geste de main du colonel Mamadi Doumbouya et ses bandes de camarades.

Pire, lorsqu’un ministre de la justice sert sa cause mordicus et qu’il n’est pas capable de savoir qu’un Président de la République est le chef des armées et de sécurité laisse à réfléchir. Car, il veut faire condamner les acteurs du FNDC pour avoir tenu responsable le Colonel Doumbouya des tueries des dernières strike publiques. Selon Charles WRIGHT, « ces personnes n’ont aucune preuve de cette accusation », sauf qu’en droit, et selon le chapitre II de la charte de la transition en son article 38 alinéa 1er, le Colonel Mamadi Doumbouya est le commandant en chef des armées et des forces de sécurité. Cela suffit donc à lui tenir pour responsable de ces tueries. C’est très dommage qu’un ministre de la justice ne soit pas en capacité de le savoir. Heureusement que le ridicule ne tue pas.

Ce qui amène à dire que le CNRD à trouvé en l’esprit faible de ce ministre de la justice un utile auxiliaire de répression de l’opposition.

Il fallait lutter contre « le culte de la personnalité parce que c’est un mal politique qui a rongé la Guinée ». Qu’en dirait – on alors des affiches propagandistes du colonel Doumbouya arborant tous les grands axes de la capitale au frais du contribuable guinéen. Qu’en dirait-on également lorsqu’un Président putschiste se transforme en un demi – dieu en faisant prosterner devant lui à tour du rôle les cadres qu’il nomme. De surcroit, chacun d’eux doit prêter serment devant le king pour prouver sa bonne moralité et sa loyauté non pas à un Etat mais à un homme qui veut dépersonnaliser le pouvoir politique.

A la place de refaire un Etat, le CNRD a contribué à le défaire et à le saccager, il a transformé la démocratie en abaissant la controverse démocratique à un jeu d’invectives et banalise la raison et la mesure du débat public. Il a fossoyé l’universalisme républicain en enfermant le guinéen dans des identités réductrices et sème les fermes de la division et de l’inégalité.

Le Colonel Doumbouya et ses amis ont réussi à dresser les guinéens les uns contre les autres en agitant les peurs et les mensonges. Pour autant, ils avaient promis « d’additionner nos espoirs au lieu d’opposer nos peurs ». Cette fracture n’est pas neuve certes, mais elle s’est amplifiée et les combats démocratiques et politiques doivent inlassablement être repris. Ils supposent l’affirmation du principe intangible, quitte à heurter les rêves illégitimes du CNRD de demeurer au pouvoir.

Alors soyons clairs et restons-le. Le soutien au CNRD, plongé dans une spirale de violence politique, est à combattre et cette lutte n’est pas négociable. Ce CNRD a toujours méprisé ou considéré comme secondaire les combats pour la démocratie, rejeté comme inique ou superficielle la différence entre démocratie et dictature. Ils sont allés jusque’à dissoudre un mouvement qui les a amené au pouvoir en épousant des théories complotistes pour remettre en cause la noblesse et l’héroïsme de la résistance guinéenne comme le fait avec ardeur le FNDC depuis le début de folie politique d’Alpha Condé, ce n’est pas rien.

Le CNRD se détourne du sens d’une transition et emprunte un chemin dangereux de la démocratie. A ces fils et filles courageux de la Guinée, il faut savoir qu’il n’y a pas de révolution légitime, l’histoire en témoigne. De la Révolution française de 1789 à celle des Bolcheviks en 1917, le NON à la colonisation et le OUI à l’indépendance d’Ahmed Sékou Touré au Général De GAULLE en 1958 toutes illégales, mais, toutes héritières d’une nation républicaine et démocratique.

Il est important de savoir que ce groupe de pote du CNRD n’est et ne serait pas prêt à partir. Car beaucoup d’entre eux sont si endurcis, si désespérément dépendants du système, qu’ils se battront pour le protéger. A nous autres de se battre pour protéger la GUINEE.

Le système éducatif s’est effondré avec un taux d’échec record sans précédent dans l’éducation guinéenne avec zéro admis à l’examen d’entrée au collège dans certaines localités comme Gaoual pour ne citer que celle-là.

Le plus heurtant de tout cela repose sur la communication démago qu’ il y a eue sur ces examens. Interner de force et priver de tout moyen de contact avec l’extérieur les cadres en charge de l’organisation des examens, présage un niveau insupportable de faiblesse de ce régime. Comment prétendez-vous former des citoyens de demain si vous ne leurs apprenez pas le sens de la responsabilité. Toute cette tirade, pour au final arriver au viol de jeunes filles dans les toilettes au motif d’une prétendue fouille corporelle. Vivement d’ailleurs, l’interdiction des fouilles au corps lors des examens en Guinée. Cette volonté est socialement seine.

Le premier anniversaire du CNRD est bien triste. Je ne lui souhaite qu’un malheureux anniversaire en dépit des usages.

C’est bien dommage que le CNRD n’ait pas tenu promesse de fidélité et sincérité
Comme premiers principes.

Ousmane Madiba GUIRASSY

mahannafaousma@gmail.com

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