Pourquoi s’accrocher à l’idée de mettre dans la poubelle de l’histoire Sékou Touré ?

 La Guinée, c’est donc cela le problème. S’accrocher aux détails mais inutiles, pour tuer l’espoir en nous. Même lorsqu’on évoque l’idée du rassemblement, il apparait clair et tout de suite qu’on ne sait pas comment s’y prendre. Ceux qui réfléchissent et qui ont appris à écrire, ont renoncé pour se maintenir dans des luttes claniques. Et lorsqu’ils s’expriment, puisqu’ils le font occasionnellement, ils créent de plus en plus l’écart, entre eux et une partie de la société. Ainsi donc, on ne peut compter sur eux pour bâtir cette Guinée. Ce, tant qu’ils seront au service de l’ethnie et se donneront pour mission de propager la haine à outrance. Ils auront vécu pour cela, ils ne méritent donc pas notre reconnaissance.

Cette élite guinéenne qu’on aurait peut-être dû associer à la réflexion pour l’unité, s’est perdue. Il faut en constituer une autre, à travers une éducation plus utile de la jeunesse affranchie. Celle qui s’ouvre et accepte de s’informer sur l’histoire et le présent de ce pays. Ce n’est pas une question de faire renaître la politique des années 60 et 70. C’est plus tôt une ambition collective d’asseoir une unité d’action, à l’image de la grande famille guinéenne des années 50. Celle qui a compris et choisi de se libérer du joug colonial. Ceux parmi les compatriotes de l’époque qui avaient voté Oui à la communauté française proposée par De Gaulle, n’ont pas été rejetés. C’est cela la conception de la République.

Pourquoi alors s’accrocher à l’idée de mettre dans la poubelle de l’histoire Sékou Touré ? Pourquoi en souffrir vainement ? Il a existé et il demeurera pour les peuples colonisés ce leader dont le combat inspire encore. Il n’est pas obligatoire de l’aimer. Ce n’est d’ailleurs pas la volonté des républicains. Mais lorsqu’on est dans la République, on respecte ses institutions et ses choix. Les choix sont faits pour certains par vote. Et en période de transition comme celle là, la légitimation des actes forts, tient de notre acceptation commune du coup de force du 5 septembre. Certains Rpgistes ne sont pas contents du départ d’Alpha Condé, mais ils n’ont pas de choix de suivre ce que la majorité décide.

La majorité, c’est elle qui est du côté de la République. Celle qui ne crache pas sur le passé de la Guinée et les hommes qui l’ont incarné. Bien sûr, cette démarche de réhabilitation que nous soutenons avec fierté, n’empêche pas le combat pour la justice. Ce qu’il ne faut pas admettre, c’est l’amalgame. On ne dit pas, parce qu’il n’y a pas de justice, pour des crimes qui auraient été commis au nom de l’Etat, qu’il faut effacer l’emblématique nom de Sékou Touré dans les esprits des guinéens libres. Ça n’a pas été possible 37 ans après sa mort, ça ne sera pas possible maintenant ni après. Il faut donc choisir le combat à mener, surtout celui qui peut être gagné. Et dans notre cas, ce doit être le combat pour la justice. L’Etat doit être invité à donner des réponses qui aideront à rassembler.

Jacques Lewa Leno, journaliste au groupe Hadafo Médias

leave a reply