Les politiques de nouveau, invités à écouter les militaires ( Jacques Lewa Leno)

Les intellectuels, obligés de suivre la cadence de l’armée. L’élite guinéenne a échoué. Le pouvoir militaire de Lansana Conté, n’aura pas été pire que celui du Président Alpha Condé. Les opposants de Lansana Conté, n’auront pas été moins constants que ceux d’Alpha Condé. Ils ont passé 11 ans à se chamailler, pour des questions électorales. Chaque année, soit on en organisait, si on n’était pas déjà dans la préparation. 10 ans de bagarre politique. Le meneur reste ce Président déposé par le groupement des forces spéciales, il y a de cela 9 jours.

Les concertations alors pour faire entendre l’ambition des putschistes qui veulent redresser le pays. C’était déjà l’ambition du CNDD de Dadis en 2009. Les grandes annonces avaient été faites, mais très rapidement, tout a été bloqué. Les acteurs politiques et sociaux qui étaient déjà dans les rues trois années plus tôt se sont montrés plus exigeants et menaçants. Qui ne se souvient pas du travail de la commission ad hoc qui proposait une transition de deux ans. Très rapidement, comme si tout avait été fait en catimini, le contenu du rapport présenté par le Monseigneur Albert David Gomez, a été rejeté par les Forces Vives de la nation.

Deux groupes naîtront et s’engagent à soutenir respectivement la transition sur un an et deux ans. Finalement, ceux qui voulaient la présidentielle en 2009, ont été bien obligés d’accepter qu’elle se tienne le 27 juin 2010 après les massacres du 28 septembre 2009 et la tentative d’assassinat du capitaine Dadis le 3 décembre de la même année. On est donc allé très vite. Vite pour asseoir un pouvoir civil, avec le grand espoir qu’il ferait mieux. Et ce civil, c’est l’opposant historique qui s’est distingué par sa constance et sa détermination à réaliser son rêve de diriger ce pays. Hélas ! Il n’a pas seulement moins démocrate, il a été pire que son prédécesseur.

Tout ceci, pour dire qu’une transition doit être bénéfique pour la nation et non pour un groupe de personnes. Une transition qui ne se fixe pas pour objectif premier l’organisation des élections. Les élections doivent être la finalité. Il va falloir assainir, auditer la gestion du régime précédent et contraindre tous ceux qui ont volé, à rendre les biens du peuple. Ensuite on écrira de nouveaux textes ou améliorera ceux qui existent, mettra en place toutes les institutions, en leur donnant toute la force de résister à la dictature des politiques trop ambitieux et narcissiques.

Les politiques, puisque c’est à eux qu’il faut s’adresser dans cette situation, doivent conjuguer le même verbe que le peuple. Qu’ils n’imposent rien à leurs militants comme d’habitude. Qu’ils n’imposent rien au peuple. Le travail à faire sera ainsi bénéfique à tous. Autrement, nous allons avoir besoin d’un autre coup d’Etat dans 10 ans. Les institutions, avec des hommes qui acceptent de respecter les textes qui les créent. On évitera au pays une cour constitutionnelle à l’image de celle de Mohamed Lamine Bangoura, moins courageuse pour dire le droit, qu’une simple justice de paix.

Jacques Lewa Leno, journaliste au groupe Hadafo Médias

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