A la place de présumés diffamateurs, des anciens princes se voient obligés de se soumettre à la volonté des juges d’instruction

Ils répondent non pas des propos, mais d’actes supposés peu orthodoxes, au détriment de l’Etat. 200 milliards de francs guinéens, disparus dans les comptes publics et pas visibles ailleurs. Même pas de traces, après un bon moment d’opacité. L’argent a été volé pour fabriquer de nouveaux riches. Ce n’est pas une information à mettre au conditionnel. Les nouveaux riches existent et c’est seulement après leur passage au gouvernement qu’ils se sont taillé des places de choix dans le milieu des privilégiés de la nation. Pour cela, il a fallu qu’ils acceptent d’appartenir à un mouvement politique, favorable à l’ancien président, dénonciateur de la corruption.
A la place de présumés calomniateurs, ils sont inculpés. Et lorsque nous disions que notre pays marchait à reculons, ce n’était qu’un euphémisme. Il marchait la tête pratiquement contre le sol. Son élite au gouvernement ne réfléchissait plus, il se servait des biens communs. Du procureur Alpha Seny Camara on disait, et nous citons : «nous ne lui avons pas demandé d’intenter une action contre la ministre, mais contre des journalistes pour diffamation… », fin de citation. Le ministre Tibou Kamara, porte parole des trois pouvoirs qui avaient perdu leur équilibre, étaient dans ses heures de gloire. Il pouvait donc se permettre de tout. Même de décider de l’avenir des uns et de la survie des autres.
Du FNDC il disait, nous citons : « il n’a ni de passé, ni d’avenir… », fin de citation. Ce sont des propos qui rappellent toute l’arrogance avec laquelle, on a bien voulu gérer notre Etat à l’apogée d’un pouvoir moribond, conduit par un vieux, peu attaché au principe d’alternance. Des mois de terreur, dans des villes et villages asphyxiées. Des mois de destruction de fondamentaux, dans les villes et villages poussiéreux. Des mois de bêtise politique, dans des villes et villages martyrisés. Le tout avec pour seul objectif, de protéger un clan de tricheur et de brigands. 
Pour nous la justice est déjà faite. Les journalistes, présumés calomniateurs sont libres. Ils sont même promus à de hautes fonctions étatiques. Les présumés voleurs, qui avaient intimidé le procureur Alpha Seny Camara, sont reçus par la CRIEF. Peu importe la décision qui va être prise, au moins la logique a été respectée. Un Etat qui n’est pas voyou, change de méthodes. C’est ce que la transition nous offre comme possibilité. A la place de valeureux journalistes, des ministres cités dans des cas de vols, corruption, détournements de fonds publics, blanchiment d’argent, sont appelés à s’expliquer. C’est cela la justice que nous voulons pour nous et pour les futures générations. 
Il faut déjà conclure avec joie, qu’il n’y a peut-être pas eu de diffamation dans le dossier Nabaya Gate. Il y a des soupçons de vol. Et les journalistes ont alerté. C’est la première vérité dans ce dossier. Pour le reste, nous attendons la décision de la cour de répression des infractions économiques et financières.

Par Jacques Lewa Leno, journaliste au groupe Hadafo Médias

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