Transition: les priorités des nouvelles autorités ( Daouda Camara)

Alors que la CEDEAO donne un délai de six mois à la junte pour le retour à l’ordre constitutionnel, c’est-à-dire, organiser les élections qui permettent de remettre le pouvoir à une autorité civile, comme en 2010, des acteurs politiques sont encore divisés sur la question. 

D’un côté, ceux qui s’inscrivent dans la dynamique du CNRD, c’est-à-dire toiletter et normaliser le fonctionnement de l’État et de l’autre, ceux qui veulent coûte que coûte aller maintenant à l’organisation des élections. Certains parmi eux disent, je cite ;

« Si les nouveaux dirigeants se mettent au travail, un an suffit. Leur priorité doit être d’organiser des élections crédibles. Il faut nettoyer le fichier électoral, éliminer tous les doublons et prendre en compte la cartographie électorale. Des bureaux de votes doivent être déployés dans les zones rurales pour motiver les électeurs à se faire recenser et à aller voter. Les militaires doivent céder le pouvoir rapidement mais leur départ ne doit pas se faire sans avoir rempli tous les prérequis électoraux ». Fin de citation.  

En lisant et en comprenant bien, la préoccupation reste et demeure des élections pour beaucoup de guinéens. Les élections, oui ! Mais je me demande bien encore, suffisent-elles pour guérir les maux dont souffre la Guinée ? En tout cas, de l’avis de plusieurs guinéens, le problème guinéen, n’est pas forcément lié aux élections.

 De 58 à nos jours, avec les différents régimes qui se sont succédés, l’administration guinéenne n’aura fait qu’accumuler des tars qui ont fini par gangrener son fonctionnement. 

Quand des administrateurs confondent la caisse et les biens de l’État à leurs propriétés personnelles ; Quand des maisons de l’État sont hypothéquées ou rachetées à souhait par des administrateurs ; Quand des ministres se préoccupent plus des décaissements de fonds que leur utilisation à bon escient ; Une administration, où les administrateurs ne se sentent jamais responsables de leur mauvaise gestion, toujours seuls les autres sont responsables.

La Guinée a bel et bien besoin d’élections, mais à vrai dire, la Guinée a plus besoin d’une véritable moralisation de la gestion de son administration que d’élections. 

Si beaucoup craignent aujourd’hui que les militaires ne s’éternisent au pouvoir, c’est justement parce que depuis des décennies, nous n’avons pas réussi à nous doter d’une administration normale qui fasse la différence entre un mandat politique et une administration.

Tout le monde ou presque, arrive dans l’administration pour avoir accompagné un politique à un moment donné. Les recrutements sont faits par militantisme, les promotions de grades aussi. 

Pour une fois, si l’occasion s’est présentée après qu’on ait tous déploré la déliquescence de notre administration, je crois qu’il faut saisir l’opportunité et exiger que le mieux soit fait pour le bonheur de tous. 

Devons-nous continuer à entretenir le privilège d’une minorité de privilégiés ou faut-il créer le maximum de guinéens heureux? A mon avis, pour éviter des crises récurrentes, aidons à mieux permettre le partage de la prospérité. 

Donnons donc du temps au temps tout en restant vigilant au cas où ! 

Daouda Mohamed Camara, journaliste au groupe Hadafo Médias

leave a reply