Les magistrats veulent changer mais ils ont des dettes à rembourser ( Jacques Leno)

S’ils ont été longtemps entretenus par des hommes riches, ils ne peuvent changer tout de suite et tous à la fois. Il leur faut du temps et si ça ne marche pas, il ne sert à rien de continuer à espérer. Donc, l’idéal, et c’est ce qu’il va falloir faire, c’est d’organiser les départs à la retraite pour ceux qui entretiennent le système de corruption. Nous ne sommes nullement face à une manipulation politicienne de l’appareil judiciaire. Du moins, ce n’est pas le seul problème qu’on a. Les hommes riches, déterminent aussi les contenus de la plupart des décisions judiciaires. Cette influence, sans doute la plus importante, est la plus destructrice. Elle compromet l’avenir de notre Etat en construction. Ceux qui tiennent les manettes sont parfois anonymes et agissent en toute clandestinité. Ils détournent les terres, confisquent les biens immobiliers, font obstruction à toute procédure sensé établir la vérité. Nous sommes justes au milieu d’un océan et pour l’heure, rien n’est certain que le vent qui souffle nous conduira à l’autre rive. Le canoë tangue. Le guide ignore assez des obstacles sur le trajet. Il croit pouvoir maîtriser les vagues, qui ne sont qu’un élément du problème. Alors, nous croisons les doigts. C’est le problème auquel la transition devra trouver la solution qui aide. Ce sera pour sauver des vies d’une part, et rassurer les investisseurs d’autre part. Le conseil supérieur de la magistrature, qui aurait dû corriger les tares du système, serait utilisé pour sanctionner les magistrats les plus courageux. Ceux qui disent le droit et qui en sont fiers. Ce conseil, ne valait plus ce qu’elle aurait pu être selon la loi. Le ministre de la justice, qui invite les procureurs à se saisir de certains dossiers, est le même qui propose les peines. Et si le citoyen veut se plaindre contre le travail d’un magistrat, il se trompe. Le ministre siège au conseil, comme un homme indépendant d’esprit. Bon, il semble que cela a été corrigé dans la charte. Tant mieux !Les magistrats qui ont voulu se fâcher, parce qu’on leur a dit qu’ils travaillent mal, ne sont pas prêts à changer. Mais ils ne décourageront jamais, nous qui avons promis de critiquer les actions nocives. Un magistrat doit dire le droit. S’il ne le fait pas, il est sadique et mérite d’être banni de la société. C’est comme un médecin qui tue, au lieu d’apporter les soins. Médecin criminel qui viole honteusement dans la salle de consultation. Si les hommes de droit ne sont pas corrects, ils peuvent encourager de si mauvaises pratiques au sein d’un système de santé qui réuni toutes les conditions du chaos.La Guinée doit avancer, avec nous tous. Chacun doit accepter de jouer son rôle. La transition militaire, ne changera rien en nous, si nous ne sommes pas déterminés à changer. Les militaires intimideront un instant, mais ils ne pourront agir sur notre conscience. Chacun peut lutter contre la corruption, en refusant de se rendre complice.

Jacques Lewa Leno, journaliste au groupe Hadafo Médias

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