GUINÉE: D’UN PAYS EN CRISE À UNE NATION EN DÉTRESSE ( par Abdourahmane Sénateur Diallo)

Il y’a juste quelques années, au faîte des problèmes de la Guinée, se retrouvaient principalement la pauvreté et la corruption. A cette Guinée-là,  l’on avait attribué les plus sombres qualificatifs en terme d’analyse d’un quelconque indice de développement. Le pays était dirigé par des militaires, géré proprement dit par des clans de fonctionnaires véreux. Ça, c’était la Guinée d’il y a dix ans ou plus.

C’est cette Guinée en crise là qui a vu son état se détérioré et finir dans ce que j’appelle « virale métamorphose vers l’agonie ». Oui, le pays agonise. Pourtant, rappelez-vous, l’espoir était né une nouvelle fois de pouvoir embrasser la prospérité. Mais comme toujours, le rendez-vous avec l’Histoire a été manqué!

2010, quel gâchis!

Cette année représentait  tout. Son contexte sociopolitique prometteur fut la résultante d’acrobaties du peuple de Guinée. Oui! 2010, fut cette année d’opportunité créée par les anciennes luttes du peuple, notamment contre le régime du Général Lansana Conté, pour asseoir les bases d’un Etat de droit, après tant de sacrifices consentis. L’année 2010, même au point de vue extérieur, fut pour la Guinée une année d’espoir, de rupture, et, je dirais même de reniement avec la tradition de la dictature (sanglante avec Sékou Touré ou douce avec Lansana Conté). Que ce fut un énorme Espoir!

Hélas! Cette année d’espoir afficha alors rapidement son vrai signal. Celui d’une source inépuisable de toute chose en dehors du normal et de la stabilité. Désillusion? Non! En fait, ce qu’on a oublié, c’est qu’il y’a eu plusieurs « 2010 » dans l’histoire de notre pays. C’est-à-dire plusieurs occasions de se projeter vers le bonheur. Mais, à chaque fois, systématiquement, nous n’en avons pas été dignes. Nous avons toujours patiné sur nos fautes. Après deux décennies de pouvoir indescriptiblement opaque et tyrannique de Sékou Touré (qui en était d’ailleurs le fruit d’une occasion ratée), le Comité Militaire de Redressement National du Colonel Lansana Conté n’était-il pas venu pour réguler une situation et faire de la place au normal? Mais au lieu de ça, nous avons sombré avec ces militaires qui nous ont conduits jusqu’à bout de souffle. 

Je ne vous apprends rien en vous disant que la Gouvernance Conté est la plus népotique qui soit; qu’elle est, dans l’histoire du pays, celle qui sera spécialisée en pillage des deniers publics. L’administration Conté aura été une époque d’engloutissement de toute richesse créée par l’Etat. C’est vrai. Et on le sait.

Jusque-là, nous parlions d’une Guinée en crise ou qui s’embourbe dans la crise. Mais lorsque l’histoire du pays a pris un autre angle, un angle de changement, dit-on, on est passée d’un pays en perpétuelles crises à une nation en panne. Oui! L’arrivée d’Alpha Condé au pouvoir, examinée objectivement après cette décennie de règne, est un cataclysme social, une éclosion sociétale, une décadence, … Pas parce qu’il est la seule cause, mais bien sûr, le principal artisan de la déchirure irréversible du tissu social.

La Guinée, la nation guinéenne n’a jamais autant été divisée comme ça! Jamais on n’avait encore assisté à ce type de dislocation de la société guinéenne.

Je vais être dur mais franc, Dieu nous a envoyé un leader qui ne prône que la division. Et heureusement pour lui (malheureusement pour le bonheur du peuple) l’environnement qu’il a trouvé en est propice. Puis que c’est l’une des nations les plus faciles à duper, les plus lâches. Une nation où on peut tout vendre comme or: où la politique n’a de base que l’ethnie ou la région, où la morale n’est que familiale, où l’on se traite comme frontaliers de plusieurs pays ennemis.

L’élection présidentielle de 2020: le sceau rouge

Les événements enregistrés autour de cette élection ont contribué à renforce la haine sociale. La division ethnique est passée d’un état camouflé à un état d’exposition. L’ethnocentrisme est devenu une sorte de fierté. Même ceux qui résistaient sont infectés. L’on vire vers une nation en perdition. Et c’est, comme le disait Abraham Lincoln: »Une nation divisée court fatalement à sa perte.»

Rattrapons-nous, maîtrisons-nous pendant qu’il est encore temps!

Abdourahmane Sénateur DIALLO, Journaliste Radio Espace, Homme de lettres, Editorialiste.

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