Au Cameroun, la lutte contre le Covid-19 ravive la guerre des chefs

Le président camerounais Paul Biya et son principal opposant Maurice Kamto ont trouvé, grâce à la pandémie de Covid-19, un nouveau terrain d’affrontement.
La lutte contre le coronavirus a ravivé au Cameroun une guerre des chefs entamée dans les urnes il y a près de deux ans, entre l’indéboulonnable Paul Biya et son principal opposant, Maurice Kamto, qui se proclame « président élu ».

La pandémie n’a pas favorisé de trêve politique comme dans d’autres pays du continent. Alors même que le Cameroun, avec officiellement plus de 5 300 contaminations au Covid-19 et près de 180 décès fin mai, est un des pays les plus touchés d’Afrique subsaharienne.

Au contraire, l’affrontement entre le pouvoir de Paul Biya et le parti de Maurice Kamto se durcit, « chacun instrumentalisant la lutte contre l’épidémie », souligne pour l’AFP le politologue camerounais Sévérin Tchokonte.

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Dirigé depuis trente-sept ans par le président Paul Biya, le Cameroun est englué dans une crise politique depuis la réélection en octobre 2018 du chef de l’État aujourd’hui âgé de 87 ans.

Sa victoire est toujours contestée par Maurice Kamto, son rival, qui avait lancé des manifestations pacifiques après le scrutin avant d’être emprisonné durant neuf mois puis libéré sous la pression internationale.

Assez effacé depuis sa sortie de prison en octobre, il semble avoir repris du poil de la bête depuis le début de l’épidémie au Cameroun mi-mars. Aidé involontairement par un chef de l’État étrangement absent qui a attendu plus de deux mois avant de prendre la parole publiquement à la télévision sur le coronavirus.

Opération de collecte de fonds lancée par l’opposant Kamto

Fin mars, Maurice Kamto lui lance un ultimatum, exigeant qu’il s’adresse aux Camerounais avant sept jours. « Dans le contexte actuel d’un grave danger pour la nation, son silence n’est pas seulement irresponsable, il devient criminel », tacle l’opposant.

Trois semaines plus tard, il annonce même avoir lancé un processus pour faire constater la vacance du pouvoir. Dans la foulée, Maurice Kamto lance une opération baptisée Survie-Cameroun Survival Initiative (SCSI) de collecte de fonds pour la lutte contre le coronavirus.

Cela « a provoqué une crispation au gouvernement qui y a vu l’affirmation de la défaillance du système de riposte nationale », commente Sévérin Tchokonte.

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Car la gestion de la crise par Yaoundé est assaillie de critiques. Dès lors, le pouvoir fait tout pour empêcher l’initiative. Depuis début mai, une dizaine de bénévoles de SCSI ont été interpellés parce qu’ils distribuaient, « illégalement » selon la police, des masques et du gel hydroalcoolique.

Le pouvoir avait déjà empêché la collecte de fonds qualifiée aussi d' »illégale » en ordonnant fin avril aux opérateurs de téléphonie mobile de fermer les comptes récepteurs des dons. Et la police judiciaire a ouvert une enquête notamment pour « blanchiment d’argent » visant deux proches de Maurice Kamto responsables de SCSI.

« Le parti au pouvoir au Cameroun utilise la pandémie pour régler des comptes et sanctionner l’opposition », dénonce alors l’organisation internationale Human Rights Watch (HRW).

« La survie ou la continuité du régime dépend de sa capacité à maîtriser ou à neutraliser le MRC »

Le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) de Maurice Kamto « mène des actions confuses qui le mettent dans le piège de la politisation » de la lutte contre le coronavirus, argumente un responsable du parti au pouvoir, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), Jean-Baptiste Atemengue.

« Celui qui a construit son illégitimité, c’est M. Biya lui-même », rétorque Olivier Bibou Nissack, porte-parole de Maurice Kamto, s’offusquant de la « criminalisation d’une action humanitaire d’assistance à personnes en danger ».

Pour Sévérin Tchokonte, « la survie ou la continuité du régime dépend de sa capacité à maîtriser ou à neutraliser le MRC : c’est la raison pour laquelle, chaque fois que le MRC prend une initiative, systématiquement, le gouvernement réagit ».
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D’autres partis d’opposition ont lancé des actions contre le coronavirus, sans être ciblés par le pouvoir.

Après plus de deux mois de silence, Paul Biya s’est finalement adressé à son peuple dans un discours télévisé le 19 mai, appelant à l' »union sacrée » face au coronavirus.

Au même moment, Maurice Kamto s’exprimait lui aussi face caméra en direct sur sa page Facebook, pour dénoncer « les assauts barbares et répétés du régime en place » contre son initiative.

Le gouvernement a décidé d’alléger les mesures de restrictions concernant la fermeture des frontières, des restaurants et bars, et les écoles doivent également rouvrir lundi. Ces décisions font déjà grincer des dents une partie de l’opinion publique et de l’opposition, Maurice Kamto dénonçant « une gestion catastrophique » de la crise.

Avec AFP

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